Il est à peu près 15h lorsque j'arrive à Arreau, commune situé à une dizaine de Km de Vielle Aure; Yannick B. n'arrivant que vers 20h, je profite de cette jolie commune pour me dégourdir les jambes et prendre quelques photos
Après cette petite halte, direction Vielle Aure et le camping de Rioumajou pour monter la tente (une 6 places : j'aime bien prendre mes aises !!!....) ou je galèrerais à cause du vent qui s'est installé!
Commune d'Arreau
Jeudi 22 Août
Ca y est, le moment tant attendu approche; nous sommes à J-1 et les derniers préparatifs sont en cours;
Vers 11h , nous partons chercher nos dossards et faire contrôler notre sac de course avec le matériel obligatoire
Sur le retour, un troquet nous tend les bras: on s'arrête donc boire une petite bière ( même 2 !!!!) avant d'aller manger
Après une petite sieste, nous allons déposer nos sacs destinés aux bases de vie puis direction le grand chapiteau pour le briefing; ensuite pasta-party puis retour aux tentes avant l'orage !!!!!et le dodo....qui aura du mal à venir!!!
Bourg de Vielle-Aure
Vendredi 23 Août
3h30: le réveil sonne déjà ! La nuit fut courte; j'ai mal dormi et j'ai mal au dos! Le temps de s'habiller, de prendre un bon petit déjeuner et nous voilà parti rejoindre le départ qui se trouve à un petit quart d'heure à pied du camping
La plupart des coureurs sont déjà arrivés; on a même du mal à se frayer un chemin pour aller pointer son dossard: il faut dire que le bourg de Vielle Aure n'est pas très grand par rapport au nombre de coureurs ( + les accompagnateurs !!!)
Tout le monde est en effervescence et attend avec impatience ce fameux départ tant attendu depuis quelques mois déjà;
Je suis encore à me demander si je n'ai rien oublié ( de toute façon c'est trop tard maintenant!!!); J'ai du mal à m'imprégner de l'ambiance: ce moment tant attendu et là rien.....
5h05: le départ est donné, c'est parti pour la grande aventure de 160 km.
Yannick B. se met à courir; je l'imite car je sais qu'il y aura un bouchon dès la première ascension donc il est préférable de bien se placer. Après avoir couru 1,5 km env. , on arrive au village de Vignec ou ça commence à monter; je me met en mode marche pour ne pas me mettre dans le rouge; je perds de vue Yannick qui a dû s'arrêter de courir un peu plus loin.
Ca y est, les choses sérieuses commencent car ça monte jusqu'au Col du Portet ( 12,5 km - 1420m de D+)
Km 4 - premier problème «technique»: ma chaussette gauche est rendu au milieu du pied !!! J'ai dû mettre trop de crème et comme les chaussettes sont presque neuves ( j'ai du les mettre que 4 ou 5 fois.....), obligé de m'arrêter et + de 10 mn de perdu bêtement!!!!
Km 6 - premières douleurs: après avoir passé le village de Soulan j'ai à nouveau mal au dos ( suite à la mauvaise nuit sûrement ), aux mollets et au ventre; il faut dire que depuis le début, j'ai du mal à être dans la course
Un bouchon se forme où l'on aperçoit les coureurs en file indienne;on est pratiquement à l'arrêt et cela pendant presqu'une demie heure
Après 2 heures de course, le soleil se lève et l'on peut apercevoir ce magnifique paysage qui s'offre à nous; cela met du baume au coeur; mais pas pour tout le monde car nous rencontrons une bergère en furie; oui oui en furie car elle n'était soi-disant pas au courant de la course; du coup ses moutons partaient dans tous les sens et le chien ne savait pas où donner de la tête!! Elle n'arrêtait pas de crier: « arrêtez de courir, vous voyez bien que je travaille »;dans un sens, elle n'avait pas tort, malheureusement, elle est tombée sur des trailers pas sympas qui ont continué à courir; du coup, s'en est venu aux insultes et pas des moindres.............
km 12,5 - Nous arrivons au Col du Portet, où nous sommes accueillis par des applaudissements et des sons de cloche qui font plaisir; ensuite 1,5 km de descente pour arriver au restaurant de Merlans où se trouve le 1er ravitaillement; j'ai d'ailleurs hâte d'y être car depuis 2 ou 3 km, j'ai encore ma chaussette gauche de rendu au milieu du pied et ça m'énerve!!!!!
J'y passerais ¼ d'heure entre changer de chaussettes ( heureusement que j'avais pris une autre paire avec moi !!!) et me ravitailler alors que je n'avais prévu que 5 mn d'arrêt .....
En repartant, je regarde ma montre et je m'aperçois que je ne suis même pas à 5 km/h de moyenne; je sais que ce n'est pas assez vite pour ce début de course; il ne faut plus que je perde trop de temps inutilement
Le moral est arrivé au beau fixe, tout comme le soleil qui illumine ces grandes vallées; Le spectacle que nous offre cette montagne est de plus en plus beau; notamment à l'approche des lacs;
Le premier sera le lac de l'Oule; viendront ensuite ceux de Bastan composé de 4 lacs: de quoi s'en mettre plein les yeux; le seul regret serait de ne pas pouvoir prendre le temps de s'assoir pour contempler ce paysage ….... car la route est encore longue !!!
Lacs de Bastan
Après ça, quelques difficultés commencent à venir, notamment des chemins caillouteux ( que l'on verra de plus en plus !!!!) suivi d'une belle ascension qui mène au col de Bastanet situé à 2500m d'altitude avec vue sur le lac de l'Hourquette
Km 20: j'arrive au sommet de ce col; pause photo et je repars pour 10 km de descente technique qui n'est pas mon fort !! et pour d'autre non plus d'ailleurs car je rencontrerais deux gars se blessant dans cette descente où malheureusement l'aventure s'arrêtera pour eux en bas à Artigues se plaignant du genou
Avec ces cailloux qui roulent sous les pieds, je risque par trois fois de me « ratatiner la figure » me faisant des frayeurs dont une grosse qui me rappelle à l'ordre; tant pis je lève le pied; je sais que c'est moins technique un peu plus loin pour y être venu en reconnaissance l'année dernière. Le plus rageant , c'est que je n'arrête pas de me faire doubler et que je perd du temps mais bon on se raccroche avec ces beaux paysages
Passé le refuge de Campana, cela nous amène au lac de Greziolles où je profite de me rafraichir la tête et mes 2 buffs car le soleil est bien au rendez-vous, suivi du réservoir des Laquets qui signe la fin des difficultés jusqu'à Artigues. Presque 6 km sur des chemins propres et sans cailloux qui me permet de reprendre un meilleur rythme
Lac de Gréziolle - Réservoir des Laquets - Descente vers Artigues
Durant cette descente, on aperçoit le pic du midi (qui nous attend de pied ferme !!!) ainsi que la cascade du Garet.
Vue sur le Pic du Midi
km 29 (et 1950m de D+ dans les pattes): J'arrive au 2ème ravitaillement; celui d'Artigues: soupe ,coca, remplissage des gourdes et c'est reparti, après 10 mn de pause, en direction du Col de Sencours; 7,5 km à faire avec 1200m de D+ sans difficulté particulière si ce n'est le soleil qui tape de plus en plus dure; après la sortie du bois où se trouve la cascade d'Arizes, on ne trouvera que deux points d'ombre;
km 32: je suis pris d'un gros coup de chaud mais je ne veux pas m'arrêter en plein cagnard; je continue; sur mon passage, deux gars à l'arrêt dont un encore plus mal que moi : en effet il est à quatre pattes et rend tout ce qu'il a dans le ventre !!! Je m'attends au même sort d'ici peu mais par « chance », je trouve un coin d'ombre; je me rafraichis et me repose 5 mn. D'autre gars sont là mais je n'ai même pas la force de parler( je crois bien que eux non plus !!!) . Allez, il faut repartir; il reste 4 km; ça paraît pas long et pourtant.....je mettrais 1h15 pour les faire avec une douleur en prime qui s'est installée au niveau du gros orteil droit (sûrement une ampoule!!). Durant cette heure, je prends la décision de ne pas monter au pic du midi car je risque trop de « jouer »avec les barrières horaires et n'étant pas au mieux de ma forme …...
km 37: Col de Sencours, il est 14h28; je décide aussitôt d'aller à l'infirmerie pour soigner mon pouce; premier constat: il n'y a RIEN !!! d'où vient cette douleur qui fait atrocement mal ? Mystère qui à ce jour n'est toujours pas élucidé ( je retrouverais ce problème sur d'autres courses); L'infirmière me remet de la crème ( anti-frottement ) et je vais au ravito. J' en profite pour discuter avec un bénévole quand d'un seul coup, celui-ci me dit: « il ne te reste que 3 mn si tu veux monter au Pic » et sans réfléchir, je finis mon coca et pars pour l'ascension du plus haut sommet de l'épreuve; Tous les coureurs qui redescendent me souhaite bon courage et je m'aperçois que je suis le dernier à monter; la barrière horaire au col de Sencours étant à 15h, juste après que je sois repartis. Je m'étais pourtant dit que je ne serais pas monté …..
Malgré tout, j'ai retrouvé la forme; la douleur au pied est passée et j'ai l'impression de commencer une nouvelle course; surtout que je connais cette partie du parcours.
On a la chance d'avoir le soleil avec nous qui donne une vue magnifique sur le lac d'Oncet et Sencours mais qui continue à nous donner chaud !! Heureusement un petit ruissellement d'eau se trouve sur le chemin qui permet de nous rafraichir la tête.
Lac d'Oncet et le ravito de Sencours
Lors de la montée, on rencontre des nevés; et oui malgré ce beau soleil, certaines parties enneigées ont du mal à fondre. Des bénévoles sont là pour assurer la sécurité
Plus loin, j'aperçois deux coureurs dans le même sens que moi; j'aurais vite fait de les rattraper car ils ont du mal et s'arrêtent souvent; petite discussion rapide lorsque j'arrive à leur niveau et je continue sur ma lancée surtout que l'on est proche du sommet.
Km 40 : 1h05 m'aura fallu pour atteindre le Pic du Midi depuis le col de sencours; au pointage, je m'assois 5 mn , discute avec les bénévoles tout en grignotant une barre de céréale; pendant ce temps, les deux coureurs me précédant arrivent; l'un part au bar du Pic pour se boire une mousse ( il s'était mis ça en tête !!) alors que l'autre repars aussitôt; je lui emboîte le pas mais ne le suivrais pas longtemps, descendant moins vite que lui; je suis rejoins par l'autre coureur où visiblement, la bière lui aura fait du bien !!!!
Je me retrouve donc à nouveau dernier mais juste le temps de la descente qui durera 38 mn car arrivé au ravito de Sencours, je rejoins des coureurs qui arrivent d'Artigue et qui ne monteront pas au Pic prenant 5h de pénalité
Après une nouvelle collation (où je me demande maintenant si cela était bien nécessaire: j'aurais fait 50 mn de pause entre le col de Sencours 2x, le passage au Pic …...!!!!!), je repars en direction d'Hautacam; environ 20km à faire en 5h !!et je ne sais pas pourquoi mais je me suis mis en tête qu'il n'y avait qu'une ascension !! quelle idée !!!! car c'est 4 cols qui m'attendent....
La 1ère sera la plus facile: le col de Bonida; après 1km de descente depuis Sencours, c'est 1km de montée avec 100m de D+; ça, c'est « l'échauffement » pour les suivantes.......Les sensations sont bonnes; les chemins sont propres et sans difficultés.
A nouveau 1 km de descente et me voilà dans le bas de la vallée, au pied de l'ascension du col d'Aoube; certains font une pause tout comme les brebis couchés dans la neige; juste le temps de prendre une photo et j'attaque la montée ou quelques gros cailloux se trouve sur notre passage.
Ascension du Col d'Aoube
Viens ensuite la descente vers le lac vert suivi du lac bleu qui offre un spectacle vraiment magnifique; je rencontrerai un Toulousain avec qui je ferai un petit bout de chemin;
km 51: on est au pied du lac vert qui permet de nous rafraichir et prendre quelques photos. A peine un kilomètre de plus et nous nous trouvons au pied du lac Bleu qu'il faut contourner; ce lac fait 51ha et 120m de profondeur ce qui en fait le plus profond des Pyrénées; le nom « bleu » vient de la couleur du lac ,dû à sa profondeur ( un peu de culture ne fait pas de mal non?)
Le Lac Vert
Le Lac Bleu
il faudra presque faire 1,5 km pour le contourner et arriver au pied de l'ascension du col de Bareille. Avant de monter, je fais un petite pause pour me ravitailler car j'ai un coup de mou; je prend un gel et en profite pour contempler une dernière fois le lac; je suis rejoint par le toulousain qui fait une pause également mais je ne peux rester avec lui car un froid commence à m'envahir, il faut que je reparte; durant l'ascension, le coup de mou ne passera pas, ni le gel d'ailleurs que j'ai failli donner à la nature!! Faisant un rapide calcul juste avant d'arriver au sommet, je m'aperçois que j'en ai encore pour environ 2h30, ce qui m'indique que c'est foutu, vu qu'il est 19h50 et qu'il faut être au ravito avant 22h;
Km 54: passé ce sommet du col de Bareille, des bénévoles ( des pompiers si j'ai bien compris !!) relève notre numéro de dossard et nous indique qu'il ne reste plus qu'1h de descente pour arriver au ravito !Plusieurs coureurs sont assis, lessivés . Pour ma part j'oublie mes calculs savants et entame la descente (où le début s'avère un peu technique) vers Hautacam regonflé à bloc: plus de coup de mou, plus de problème d'estomac, à nouveau un nouvelle course recommence avec des ailes accrochées dans le dos!! Je ne regarde même plus ma montre et défile la pente un peu raide et remplis de lacets. Le fait de savoir que je vais avoir 1h de battement alors que j'étais juste au col de Sencours me donne de la détermination;
J'arrive à rattraper quelques coureurs jusqu'au lac d'Ourec mais passé celui-ci, grosse surprise : une nouvelle ascension se présente devant moi, celle d'Hourquette d'Ouscouaou avec ses 200m de D+ . Le ciel me tombe dessus, surtout qu'arrivé au sommet, cela fait 1h10 de passé depuis le col de Bareille !!!!!Plusieurs coureurs sont là, assis, à discuter, disant que c'était foutu, qu'on ne serait pas dans les délais vu qu'il reste encore environ 5 à 6 km et qu'il est 21h05!
A ce moment là, je suis bien énervé car je réalise que les « soi-disant » pompiers nous ont raconté n'importe quoi et qu'il n'y a rien de tel pour foutre un moral à zéro !!!
Mais je n'ai pas envie d'abdiquer et je veux tenter ma chance jusqu'au bout pour avoir le moins de regret possible; je laisse donc le groupe de coureur et pars seul ; plus une minute à perdre
La nuit commence à tomber; je me dépêche de sortir ma frontale.
Le spectacle de jour se termine et laisse place à la nuit, moment que j'apprécie habituellement sauf que là, l'angoisse et le doute ont pris le dessus
Je me retourne de temps en temps et fini par voir des frontales derrière moi mais assez loin; par contre personne en vue devant!!!
Les minutes défilent et j'espère voir à la sortie de chaque virage, des lumières m'indiquant l'approche du ravitaillement
Je finis par rattraper un coureur qui de toute façon n'a pas envie de continuer l'aventure, ce que ne me remonte pas le moral mais je reste têtu surtout que ça y est, on aperçoit le ravito en contre bas: merde il est 22h mais j'y crois encore; après tout je ne vais dépasser la barrière horaire que de quelques minutes
Km 63: Ravitaillement d'Hautacam .Il est 22h09 !!!!!!!!!!!!!! Le bénévole scanne mon dossard mais malheureusement me demande avec quelques mots de consolations de le rendre malgré ma grande déception qui se voyait sur mon visage. NEUF MINUTES qui me restent en travers de la gorge.
Je lui explique quand même mon mécontentement vis à vis des bénévoles situés au col de Bareille, et là surprise, personne à Hautacam n'est au courant qu'il y avait des bénévoles la-haut; alors qui étaient ils ? Encore un mystère non élucidé avec celui de l'orteil …..!!!!! ( pour la petite histoire, j'apprendrais que c'est les premiers qui mettrons ~1h à descendre du col de Bareille à Hautacam !!! je n'étais pas dans la même cour !!!.......)
Après un court ravitaillement ( car je n'ai pas faim) je prends la direction du parking pour rejoindre le bus qui doit nous ramener; je ne suis même pas énervé; j'ai plus de haine qu'autres choses car je commence à penser à ces 9 mn que j'aurais pu grappiller à plusieurs endroits et qui resterons à jamais gravé dans ma tête! De plus, je n'ai même pas mal aux jambes et ne me sent pas fatigué, ce qui accentue la haine de finir dans ces conditions !!!
Samedi 24 Août
Il sera 3h du matin lorsque le bus me déposera devant le camping ayant fait une halte à Villelongue pour récupérer d'autres coureurs, ce qui aura eu le don de m'énerver( + de 4h dans ce bus!!!!);
Du coup, après une courte nuit, je rechausse mes baskets et prend la voiture pour aller au col du Portet; de là je repars en randonnée à la rencontre de Yannick B, ce qui me permettra de faire ~12 km aller-retour pour 2h30 de marche.
De retour à ma voiture, je laisse donc Yannick continuer et je repars pour Vielle Aure. Je dépose la voiture non loin de l'arrivée et repars en randonnée à sa rencontre. Après 3 km de montées, j'arrive à son niveau et redescend avec lui. Passé le village de Vignec et à l'approche de Vielle Aure, je sors mon camescope afin de filmer son arrivée; quelques larmes sortent que j'essaie de contenir du mieux que je peux afin que cela ne se voit pas; des émotions m'envahissent aussi bien pour sa réussite et pour mon échec car tout le monde sans exception applaudit chaque coureur qui arrive et cela fait vraiment chaud au coeur
Bravo donc à Yannick B. qui finira ce GRP 2013 en 39h
Au final et après réflexion, je reste conscient que je manquais d'entrainement suite aux deux opérations subit en décembre et avril du ménisque et de 2 hernies inguinales. Malgré cela, et malgré mon manque d'expérience sur cette distance, je pense que la plus grosse erreur fut la gestion de la course pas assez étudié pour me booster à aller plus vite au début au vue des barrières horaires
En espérant pouvoir retenter ma chance un jour sur une grande distance, dans les Pyrénées où ailleurs….............